
Warning : risque de crise existentielle en sortant de la salle, mais prenez ce risque. Il en vaut vraiment le coup alors que les critiques l'annonçaient décevant. Comme quoi vaut-il mieux se faire un idée soi-même, mais voici ce que je peux dire pour vous donner envie d'aller y jeter un oeil, ou deux.
Tout d'abord et c'est mon avis, la bande annonce ne délivre pas tout le film comme c'est souvent le cas, de bonnes scènes sont encore à découvrir, si si !
Mais surtout, l'intrigue est haletante tout du long. Et même en se doutant vaguement de quoi il s'agit (eh le gars c'est écrit sur le logo du camion) ce n'est quelque part qu'un décor. Il me semble que la réflexion est toute autre, sur le temps qui nous rentre chacun à passer entre la vie et la mort et de connaître à l'avance ou non son dessein, ou prévoir la mort elle-même. Enfin c'est ce à quoi j'ai pu réfléchir après avec ma petite tête. (Je vous avais prévenu pour la crise existentielle, non je vous rassure!).
On pourrait aussi y trouver une réflexion sur l'art en tant qu'expression de soi, ce que nous avons à l'intérieur et qui ne ment pas. Et j'ai de mon côté tiré une leçon d'optimiste, mais en fait je le savais déjà, ce film m'a beaucoup parlé, c'est sans doute pourquoi il m'a tant plu, l'amour est infini (vive la phrase kitch) et n'est pas unique. Bref je n'en dis pas plus.
A travers l'épopée des trois personnages (Kathy, Ruth et Tommy) incarnés par ailleurs par de très bons acteurs (j'en regarderais presque Pirates des Caraïbes) apparaissant dans leur beauté simple, la trame nous interroge sur ce qu'est être humain et la manière plus ou moins différente que l'on a tous d'exprimer nos émotions. Les personnages sont extra-ordinaires, au premier sens du terme, mais ne sont après tout que des hommes.
J'en ai fini avec mes petites réflexions pour louer à présent l'esthétique : l'image, les décors (surtout le bateau échoué sur la plage), l'atmosphère mélancolique, la "couleur" qui n'est pas vraiment présente, cette retenue des personnages. Le scénario nous offre de belles répliques somme toutes pas si recherchées que ça.
Le film au final va à l'essentiel, Nous nous trouvons à chaque moment dans l'attente de comprendre, de savoir quel est le destin tout tracé des personnages qui le découvrent en même temps que nous, dans un certain inconnu tout en sachant que l'issue est défà précisée, qu'ils n'y échapperont en aucun cas. Avec toutefois un espoir, je ne vous en dis pas +, c'est un moment clef. J'ai adoré la façon de maîtriser cette attente, ce dévoilement, des doutes mais aucune certitude.
L'originalité n'est pas non plus folle, mais l'intrigue est différemment menée et avec brio. J'étais en haleine jusqu'à la fin, le souffle littéralement coupé. Et il y a ce pathos récurent, ce qui me faisait un peu peur au début mais qui pareillement est maintenu, ce n'est pas tragique, plutôt fragile, c'est ce qui me plait. Et pourtant plus le temps passe, plus la gorge se serre. Mais je n'ai pas pleuré !
Voilà je n'ai pas envie d'en dire plus, ni de vous écrire le synopsis, car il y aurait trop de mystère et comme je le pense, ce n'est qu'une mise en scène.
J'espère vous avoir donné un peu envie d'aller goûter au moelleux des fauteuils, sinon allez-y quand même, ne serait-ce que pour me contredire par la suite.
Et puis une dernière chose, sans vous délivrer ce à quoi ses réfère le titre, si vous réussissez à l'ouïr quelque part faites moi signe s'il vous plait.
Au passage, comme j'ai omis (oui, j'omets), de le dire : la bande son elle aussi vaut le détour.
Et j'ai aussi hâte, après le témoignage de guerre obligatoire, de pouvoir lire le roman de Kazuro Ishiguro duquel se trouve l'origine de ce que vous verrez à l'écran, je l'espère.

